GV 13 – L’énigme de l’E de Delphes – Chapitre 7

Surpassant toutes les analyses étymologiques, la traduction cabalistique de l’Epsilon nous conduit à cette incroyable révélation : il incomberait à l’homme de terminer l’oeuvre inachevée de la création, en devenant cet être « surhumain » que les sages de l’antiquité se représentaient sous les traits du radieux Apollon, puisque l’Homme Parfait serait doté d’un corps plus lumineux que le soleil… Et il est impossible de ne pas faire le rapprochement entre ce mythe fabuleux et l’apparition qui aurait « foudroyé » le futur apôtre Paul, alors que celui-ci était en route pour Damas : « En chemin, vers midi, je vis, ô roi, venant du ciel et plus éclatante que le soleil, une lumière qui resplendit autour de moi et de ceux qui m’accompagnaient. Tous nous tombâmes à terre, et j’entendis une voix qui me disait en langue hébraïque : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? Il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. » Je répondis : « Qui es-tu Seigneur ? » Le Seigneur dit : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais relève-toi et tiens-toi debout. Car voici pourquoi je te suis apparu : pour t’établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir et de celles où je me montrerai encore à toi. »(Actes des apôtres, Chapitre 26n Versets 12 à 16). Par ailleurs, dans les manuscrits des chrétiens gnostiques retrouvés près de Nag Hammadi, il est souvent fait allusion à la lumière du logos qui doit transformer l’Homme Accompli au point de le rendre méconnaissable comme le montre cet extrait de l’évangile de Philippe : « Celui qui recevra nue cette lumière ne sera plus reconnaissable, on ne pourra plus le saisir et personne ne pourra l’affliger ou l’attrister, qu’il soit dans le monde ou qu’il l’ait quitté. » (Logion 127). De son côté, l’évangile de Thomas insiste sur la nécessité du « connais-toi toi même » à travers cette parole qui reprend la première des sentences delphiques : « Le vivant, issu du Vivant, ne connaîtra ni crainte ni mort parce qu’il est dit : Celui qui se connaît lui-même, le monde ne peut le contenir. » (évangile de Thomas, logion 111). De même, on peut lire dans l’évangile de Philippe : « Le Logos est le secret de tout. Quelques-uns qui se connaissent eux-mêmes l’ont connu(Logion 26). Mais on ne peut se connaître soi-même tans que l’on ignore pourquoi l’homme est une créature UNIQUE en son genre. Car c’est bien la spécificité de notre espèce qui nous permettrait d’entrevoir la raison même de notre existence, laquelle ne serait qu’une illusion de vie à en croire la démonstration finale d’Ammonios : « Le dieu en effet interpelle chacun de nous qui s’approche d’ici, comme pour le saluer, avec le « connais-toi toi même », qui ne vaut certainement pas moins que le « salut » ; et nous, en retour, nous répondons au dieu en lui disant : « Tu es », lui donnant l’appellation vraie, dépourvue de fausseté, la seule qui ne convienne qu’à lui seul, et qui soit l’appellation de son être. Car nous, nous ne participons pas réellement à l’être, mais toute nature mortelle, qui se trouve au milieu de la génération et de la corruption, ne montre d’elle-même qu’une image et une apparence obscure et instable… L’homme d’hier est mort dans l’homme d’aujourd’hui, l’homme d’aujourd’hui est en train de mourir dans l’homme de demain ; personne ne demeure et personne n’est un, mais nous devenons plusieurs, tandis que la matière circule et glisse autour d’une image unique et d’un moule commun… mais étant unique, le dieu accomplit le « toujours » avec un unique, le « maintenant », et seul ce qui est conformément à lui est réellement être, qui n’a pas été, ne sera pas, ne commencera et ne cessera pas. C’est donc ainsi qu’il faut que ceux qui le vénèrent le saluent et l’interpellent : « Tu es », ou par Zeus !, comme le font quelques-uns parmi les anciens, « Tu es un ». (392A à 393B).