GV 13 – L’énigme de l’E de Delphes – Chapitre 6

Maintenant que nous avons mis en évidence que le plus ancien des évangiles porte l’empreinte de la plus vieille des philosophies, elle-même reposant sur une connaissance secrète qui s’est perpétuée à travers les légendes du paganisme, nous commençons à deviner pourquoi les Humanistes accordaient un si grand intérêt aux fables de la mythologie. En mettant à profit leur immense érudition, ces hommes de lettres ont fini par réaliser que ces histoires mythiques étaient de véritables rebus à déchiffrer, et que celles-ci avaient été savamment conçues pour transmettre à « ceux qui ont des oreilles pour entendre » un savoir essentiel au devenir de l’homme (raison pour laquelle les Humanistes avaient acquis la conviction que l’être humain devait remplir un rôle fondamental au sein de la création). Les philosophes de la Renaissance comprirent également que le christianisme des origines entretenait un rapport étroit avec les mystères antiques, comme en témoignent lers étranges fresques des catacombes romaines. Mais seule la science cabalistique – telle que la pratiquait l’illustre Pic de la Mirandole (1) (2) – pouvait les amener à la compréhension de l’E de Delphes, notamment par l’application des règles de la guématrie qui permet de découvrir la signification « mystique » d’un mot en additionnant la valeur de ses lettres (cette méthode s’appliquant particulièrement à l’hébreu, le grec et l’arabe, puisque ces trois langues disposent d’un alphabet où chaque lettre équivaut à un nombre déterminé). Le nom grec de l’Epsilon étant composé des lettres Epsilon (5), Psi (700), Iota (10), Lambda (30), Omicron (70), et Nu (50), un calcul très simple nous permet d’obtenir la somme de 865 ; ce nombre pouvant être lui-même réduit à un chiffre (soit 8 + 6 + 5 = 19 ; 1 + 9 = 10 ; 1 + 0 = 1) pour faire apparaître sa relation avec l’Un, symbole du principe divin animant l’ensemble de la création. Cependant, le sens caché de l’E ne se dévoile vraiment que lorsqu’on résout l’équation posée par la succession des termes 8 – 6 – 5 auxquels correspondent les figures de l’octogone, de l’hexagramme et du pentagramme. Seulement, pour trouver la solution à ce genre d’équation, il faut raisonner à la manière des pythgoriciens, en considérant que chacun de ces chiffres représente un concept philosophique qui dépasse de beaucoup le cadre des simples mathématiques… Ainsi, le 8 est traditionnellement le chiffre de l’Accomplissement ou de la Nouvelle Création qui doit parachever l’oeuvre des sept jours, ce que nous confirment Jean Chevalier et Alain Gheebrant : « Quant au huitième jour, succédant aux six jours de la création et au sabbat, il est symbole de résurrection, de transfiguration, annonce de l’ère future éternelle : il comporte non seulement la résurrection du Christ, mais celle de l’homme. » Elément central de l’équation, le 6 représente l’union des opposés que l’on obtient par la conjonction des deux triangles – l’un ayant la pointe en haut, l’autre en bas – venant former l’étoile à six branches. Enfin, comme nous l’avons vu plus haut, le 5 est le symbole de la perfection apollinienne ou de l’homme « héroïque » qui a transcendé sa nature pour devenir l’égal des dieux.