GV 13 – L’énigme de l’E de Delphes – Chapitre 4

Après avoir séjourné une vingtaine d’années en Egypte où les prêtres l’initièrent à leurs plus profonds mystères, Pythagore décida de retourner dans son île natale afin d’y répandre le savoir qu’il avait acquis. Mais, refusant de vivre sous le joug du tyran Polycrate qui régnait alors sur Samos, il reprit les chemins de l’errance pour finir par s’établir au sud de l’Italie, à Crotone. C’est là-bas que Pythagore va créer sa première école dont les élèves, soumis à un examen d’entrée particulièrement sélectif, étaient appelés à former une véritable confrérie initiatique. Une fois admis au sein de son académie, les néophytes devaient passer par une longue période de probation avant de devenir des « auditeurs » dignes de recevoir l’enseignement du maître, lequel se soustrayait à leur vue en demeurant caché derrière un rideau. Et c’est au bout de cinq ans que les auditeurs pouvaient s’élever au rang des « mathématiciens » qui, découvrant enfin le visage de Pythagore, se voyaient révéler les arcanes de sa philosophie. Les élèves du dernier degré apprenaient à déchiffrer le langage des chiffres car, à l’instar des adeptes de la Kabbale, ils leur prêtaient une réelle signification métaphysique. Ces derniers vénéraient tout particulièrement les quatre premiers nombres (1-2-3-4) venant former le triangle de la Tétrakys (7) qui, selon Pythagore, représente « la source et la racine de l’éternelle nature ».Néanmoins, les pythagoriciens auraient accordé encore plus de valeur au 5 qui prolonge la suite numérique de la Tétrakys, et sur la base duquel se construit le pentragramme étoilé dont ils firent leur signe de reconnaissance. S’ils attachaient autant d’importance au cinquième chiffre, c’est aussi parce que ce dernier résulte de l’addition du 2 (principe féminin) et du 3 (principe masculin) ou, suivant la démonstration de Plutarque, de l’union des deux premiers nombres pairs et impairs (8) : « … puisque deux est le premiers des nombres pairs, trois le premier des nombres impairs, et puisque le cinq résulte de l’union de ces nombres entre eux, c’est à bon droit qu’il jouit d’une considération particulière, pour être le premier réalisé à partir des premiers, et est appelé « nuptial » de par la similitude du pair et du féminin, et, à leur tour, de l’impair et du mâle. » (388A). Lorsqu’il procède de l’association de la dualité (femelle) et du trinaire (mâle), le 5 se présente sus l’aspect d’un chiffre androgyne qui réunit en lui les opposés. Néanmoins, il existe une autre façon de l’obtenir, comme Plutarque l’évoque brièvement dans ce passage : « La manière dont a été engendré le nombre 5, qui possède tant de puissances et des puissances aussi considérables, est belle aussi, non pas celle qui nous avons déjà exposée, à partir du 2 et du 3, mais celle à laquelle donne lieu la réunion du principe et du premier carré. » (390F). Et quand le 5 est la somme de l’unité et du quaternaire, celui-ci revêt une connotation quasi-miraculeuse, puisqu’il devient le symbole de l’impossible mariage entre l’Esprit (1) et la Matière (4).