GV 13 – L’énigme de l’E de Delphes

« Quelqu’un a donc devancé Platon, et a vu cela avant lui, et c’est pourquoi il a consacré l’E au dieu, comme la marque et le symbole du nombre et de l’univers. »
(extrait de « L’E de Delphes » de Plutarque)

Quand on évoque le nom de Delphes, cette ville de la Grèce antique située à l’ombre du mont Parnasse, la première image qui vient à l’esprit est celle de la pythie délivrant à ses consultants (exclusivement des hommes) les oracles du dieu Apollon. Seulement, la renommée de la pythonisse nous ferait presque oublier la plus grande énigme de ce lieu sacré, laquelle se résumait à la figure d’un E dont on aurait fait deux précieuses répliques, comme le suggèrent ces propos de Lamprias rapportés par Plutarque dans son dialogue sur l’E de Delphes : <…les gens du sanctuaires qui appellent E de Livie, la femme de César, celui qui est en or, et E des Athéniens celui qui est en bronze ; mais le premier et le plus ancien, celui qui est en bois, ils l’appellent encore maintenant l’E des sages. » (385F-386A). Déjà, a temps de l’oracle, la signification de l’E semblait avoir été oubliée de tous. C’est ainsi qu’à travers son dialogue, Plutarque se contente d’exposer les différentes interprétations qui furent envisagées pour résoudre ce mystère, en rappelant que même les obscures maximes delphiques – « connais-toi toi-même » et « rien de trop » – n’ont jamais suscité autant d’interrogations que l’Epsilon placé au seuil du sanctuaire. Mais Plutarque pouvait-il réellement ignorer le sens profond de l’E ? En fait, cela est assez peu probable d’autant que ce dernier eut le privilège d’exercer à Delphes (depuis l’an 85 jusqu’à sa mort survenue aux environs de l’an 125 après J.-C.) l’éminente fonction des prêtres d’Apollon. D’autre part, nous savons que cet écrivain avait l’habitude de dissimuler dans ses écrits un savoir ésotérique qui n’était destiné qu’à une certaine catégorie de lecteurs. Car, à en croire Plutarque, il faut être doté d’une « nature philosophique » (384F) pour comprendre les secrets apolliniens. Et c’est sans doute parce qu’il possédait une telle nature que le plus savant des peintres français rendit à l’E de Delphes le plus beau des hommages…