GV 14 – Le texte à méditer, Lettre à Flora de Ptolémée

Chapitre VII. 1. Pour autant que cela est possible dans un court espace, je crois avoir suffisamment prouvé l’adjonction de prescriptions d’origine humaine dans la Loi, et la division de la Loi même de Dieu en trois parties.

2. Il nous reste à dire quel est bien ce Dieu qui a donné la Loi. Mais je pense que ce point aussi est déjà devenu clair
GV144pour vous d’après ce qui précède, si vous m’avez accordé toute votre attention.

3. Car si la Loi n’a pas été donnée par le Dieu parfait lui-même, comme nous l’avons déjà dit, et certainement non plus le diable – ce qu’il n’est même pas permis de dire – ce législateur doit être un troisième qui existe à côté de ces deux autres.

4. C’est le démiurge et le créateur de ce monde tout entier et de tout ce qu’il contient. Parce qu’il est, en son essence, différent des deux autres et se tient au milieux d’eux, on pourrait l’appeler à bon droit l’Intermédiaire.

5. Si le Dieu parfait est bon en son essence, comme il l’est effectivement (car notre Sauveur a dit qu’il n’y avait qu’un seul Dieu bon, son Père, qu’il a révélé), et si l’être qui est par nature Adversaire est mauvais et méchant, caractérisé par l’injustice, alors celui qui se situe entre le Dieu parfait et le diable, et qui n’est ni bon, ni assurément mauvais ou injuste, pourrait à proprement parler être appelé juste, parce qu’il est l’arbitre de la justice qui dépend de lui.

6. D’une part, ce dieu sera inférieur au Dieu parfait et au-dessous de la justice de celui-ci, parce qu’il est engendré et non pas engendré – car il n’y a qu’un seul Inengendré, le Père, de qui proviennent toutes choses, parce que toutes choses, à leur manière, dépendent de Lui –. D’autre part, il sera supérieur à l’Adversaire et plus puissant que lui. Il sera ainsi, par nature, d’une autre essence et d’une autre nature que l’essence de ces deux autres.

7. L’essence de l’Adversaire est corruption et ténèbres – car il est matériel et divisé de façon multiple –. Du Père qui est inengendré, du Père du Tout, l’essence est incorruptibilité et lumière en soi, simple, homogène. Par contre, le démiurge, bien que donnant l’existence à une puissance double, est pourtant un symbole du Dieu suprême. Ptolémée, chef de l’école valentinienne d’Italie, écrivit à une certaine Flora, qui cherchait à se renseigner auprès de lui sur la vérité de la foi. Le problème de Flora, c’est la signification de la loi juive pour la religion chrétienne. La Lettre à Flora est un document important. Elle traite son sujet avec beaucoup de pénétration et de lucidité. En outre, elle est une des très rares œuvres gnostiques qui nous aient été conservées par la tradition. On a loué à juste titre la beauté de sa prose rythmique, d’un art raffiné. Ptolémée est un savant gnostique de la seconde moitié du IIe siècle. Disciple de Valentin, il appartient à la branche italique ou occidentale de l’école. Exégète distingué, c’est un homme instruit et de haute moralité et piété. Outre la Lettre à Flora, il a écrit un court commentaire exégétique du Prologue de l’Évangile de Jean. Ptolémée a aussi créé le système sur lequel se base la Grande Notice d’Irénée qui est d’une importance capitale pour l’étude et la compréhension de la gnose valentinienne.

« C’est le démiurge et le créateur de ce monde tout entier et de tout ce qu’il contient. Parce qu’il est, en son essence, différent des deux autres et se tient au milieux d’eux, on pourrait l’appeler à bon droit l’Intermédiaire. » Lettre à Flora – Ptolémée