GV 15 – Messes Alchimiques

L’alchimie est cet art sacré qui, usant des techniques traditionnelles de l’hermétisme, propose, dans la pratique religieuse, de transformer l’être en lui ouvrant un accès à l’étincelle divine qui vit en lui, permettant l’élévation sur la voie lumineuse. Si l’alchimie peut être définie comme une discipline quiGV151 recouvre un ensemble de procédés liés à la transmutation des métaux, dont l’objectif ultime est la réalisation de la Pierre Philosophale, le processus alchimi- que est l’élaboration d’un cheminement, qui va permet- tre au chercheur de construire un corps glorieux capable de franchir la mort. Le Grand Œuvre alchimique est une pratique de transformation spirituelle de l’individu, qui va passer de l’état profane à celui d’initié. Dans la Messe, le processus de transformation est réalisé : dissolution de l’état primitif, dislocation des scories ; puis purification des résidus, par l’utilisation symbolique et réelle d’eaux purifiées, d’encens, d’huiles, d’onctions magiques ; enfin aboutissement à la transmutation, après transsubstantia- tion : solution buvable de la pierre dans le sang du calice, et pratique directe de la transfiguration. La récolte de la rosée est l’une des bases de l’alchimie. Elle s’effectue au Printemps. Elle a pour but de récolter une eau particuliè- re destinée au traitement de toutes les matières, quelle que soit la voie alchimique choisie. Selon la tradition alchimique, la rosée recueillie à cette période de l’année est imprégnée d’une énergie céleste très particulière. Le feu alchimique contenu dans la rosée va servir de princi- pe actif pour l’œuvre au noir, étape durant laquelle on obtient la matière de base du processus. Ce sel (scel) va aussi jouer un rôle important dans la réalisation d’une eau bénite puissante. Les procédés techniques ne doi- vent jamais faire oublier que l’alchimie est une démarche sacrée, engageant celui qui s’y adonne à la quête de cette étincelle que le divin lui a donné en partage. En effet, pour nos sacerdotes, le divin a mis dans la nature tout ce dont l’homme a besoin pour percer le mystère de la créa- tion. Le rapport constant de l’alchimiste avec cette nature est la véritable religion, au sens de relation entre l’homme et le cosmos : le Christos en est le centre (crux=creuset). Tout ce qui existe dans l’Univers est relié, et la transmutation est au cœur même de cette vibration. Au creuset de la Messe, la transsubstantiation n’a donc pas de valeur allégorique : elle est bien un processus authentique de transmutation. Amen.

 

Livre de la Trinité, Hermaphrodite alchimique, 1417. La reine-roi.